À la rencontre de la polyphonie des Communs

Processed with VSCOcam

Par Mr Jean Bourliaud, World Mountain People Association

Retrouvez aussi cet article dans Bridge-Builder #6: The Common Good as a Process: Dialogue & Action!

Afin de faire comprendre à un public majoritairement occidental ce qu’ils entendent dans le terme de « bien commun ou commun » au delà des difficultés de traduction et d’acception linguistique, ils ont mis en avant la spécificité de ce« bien commun » : une nature qui n’est pas faite de « ressources naturelles » à gérer, mais une nature avec laquelle le groupe entretient une relation vivante. C’est à dire, des formes cognitives, de pensée, de délibération et de prise de décision qui incluent en permanence les éléments de la nature identifiée selon une nomenclature vivante.

Depuis sa création en 2002 (Année Internationale de la Montagne), l’Association des Populations des Montagnes du Monde a porté le projet d’une meilleure équité pour les habitants de ces milieux. La rencontre entre les acteurs des territoires de montagne de France et d’Europe avec ceux des populations et peuples dans le monde confère un sentiment d’appartenance commune.

En effet, au cœur de cette identité collective, le recours aux « Communs » crée des conditions permettant le dialogue et l’écoute de la polyphonie des cultures et des visions du monde. Cette approche commune peut alors déboucher sur la reconnaissance de multiples formes de gestion des ressources et d’organisation des territoires et la place qui leur revient dans le monde à venir.

Les Communs et les bonnes pratiques de terrain

Les Communs sont source de savoirs et d’échanges quant aux bonnes pratiques de gestion et de mises en valeur des richesses territoriales. Dans le contexte actuel, ils deviennent involontairement des lieux de conflits et résistance face aux nouvelles enclosures, parfois dans le cadre d’une globalisation allant à l’opposé de la durabilité des sociétés et de la planète. En ce sens, ils nous permettent d’interroger concrètement les modes d’intervention extractivistes fondées sur l’exploitation des ressources dites naturelles.

Créer des ponts entre des acteurs de milieux très divers

L’expérience de la dernière rencontre se situe dans un endroit peu attendu : Guérande – littoral du Sud de la Bretagne, territoire des saliniers -, lieu choisi afin d’établir des « ponts ». En effet, suite à des rencontres spécifiquement « montagnardes », l’APMM, associée à l’Université Internationale Terre Citoyenne, a organisé en octobre 2013, une rencontre intitulée «Défendons et gérons nos communs. Territoires, Ressources, Communau- tés». Les acteurs des territoires de montagnes se sont ainsi mêlés à ceux de la mer et du littoral, de la forêt et des cam- pagnes, convaincus que des ponts restaient à établir entre tous les territoires confrontés à des enjeux souvent similaires.

« Que représente pour vous le bien commun quand vous parlez de vos territoires, communautés, ressources ? »

Partager le vécu

L’enjeu immédiat consistait en premier lieu à partager ce vécu des « communs de la nature ». Les participants provenaient des communautés paysannes et indigènes, des praticiens de la gestion de leurs territoires, beaucoup vivant très directement des situations d’accaparement ou de spoliation. Pari réussi ! Les participants ont exposé leurs façons de dé- fendre et gérer les biens communs, leurs richesses territoriales. Ils ont présenté leur propre acception des communs, sans suivre un cadre méthodologique préétabli, mais au contraire selon une libre expression. Communs et enclosures Par exemple, les participants ont eu la possibilité partagée de percevoir un usage ou une vision commune avec l’Institut Patrimonial du Haut-Béarn quand celui-ci expose comment il regroupe les communes des hautes vallées de montagne en maintenant des formes de gestion collective sur plus de 90% du foncier et des ressources (pâturages, forêt, eau, etc.) Cet héritage plus que millénaire résulte des droits des communautés de montagne érigés en fors du Béarn contre la féodalité. Ces montagnards ont su s’adapter et la mobilisation qui a lieu aujourd’hui a pour objet de valoriser au mieux leurs richesses territoriales sans être exclu par les gestionnaires de la nature. De même, comment vivent les communautés indigènes des Andes et d’Amérique Centrale qui, après la dissolution des haciendas, sont confrontées aujourd’hui aux grands projets d’exploitation minière à ciel ouvert ? Et les pêcheurs de la côte du Sénégal à la recherche d’identité et sens de leur territoire littoral et maritime pour assurer le renouvellement de la ressource et leur moyen d’en vivre face à la pêche industrielle ? Dans le Sud en particulier, l’échelle et l’intensité des modes d’interventions extractivistes apparaissent comme nouvelle enclo- sure du XXIème siècle, et concernent tous les milieux au-delà des seules sociétés montagnardes. Aujourd’hui, la montagne consti- tue le vaste réservoir à l’échelle de la planète des ressources naturelles dont le monde a besoin. Elles sont drainées pour la croissance de plus en plus concentrée et urbanisée : l’eau est captée pour les grands barrages en série, source de l’énergie pour la vie des mégapoles et l’agro-business. L’industrie minière à grande échelle investit les montagnes partout dans le monde. La nature à travers la biodiversité devient la nouvelle frontière de la marchandisation. Mais l’élément nouveau de ces processus est que nous sommes entrés dans un contexte d’épuisement des ressources non renouvelables et d’effet en retour de la puissance du développement des techno-sciences modernes à l’échelle de la planète sur l’environnement et la nature allant jusqu’à provoquer le changement climatique.

Renouer le dialogue avec la Nature

Les « communs de la nature » comme on les dénomme dans
le courant plus général des communs depuis E. Ostrom par distinction des « communs immatériels » – sont un lieu de croisement intéressant de ce point de vue. Si nous sommes entrés dans le doute concernant la pensée moderne du développement, nous pouvons retrouver dans les communs une voie qui a été écartée : celle du dialogue avec la nature propre aux sociétés pré-modernes, reconnues en Occident sous la forme limitée des sociétés paysannes, mais toujours très présente et active dans les mondes indigènes.

La Rencontre de Guérande et le lien Bien commun- Biens communs

Communautés indigènes et paysannes d’hier, Commoners d’aujourd’hui ?

Lors de la Rencontre de Guérande, il est très significatif que les acteurs des communautés indigènes n’aient pas seulement présenté les conséquences des destructions des ressources et dommages sociaux souvent irréversibles causées par les implantations extérieures, ce qui conduit à une logique restrictive de compensation économique. Le recours à la notion des communs a ouvert l’espace à une expression plus ample pour appréhender les spoliations des ressources comme perte de relation au monde totalement inséparable du territoire-entité culturelle, faisant valoir une approche du commun comme indissolublement matériel et immatériel.

Non seulement « les ressources naturelles » sont affectées, mais surtout ce sont les cultures, des savoirs gestionnaires de la nature, des richesses humaines et naturelles qui sont mises en danger au lieu d’être le support pour des évolutions intégrant les innovations techniques et sociales.

Les participants des communautés indigènes andines ont tenu à exposer leur propre conception des ressources et du territoire en présentant leur relation à la nature comme élément constitutif de leurs Communs pour fonder la résistance de leur territoire à partir de leur mode de vie très lié à l’environnement et les ressources qu’ils gèrent.

Afin de faire comprendre à un public majoritairement occidental ce qu’ils entendent dans le terme de « bien commun ou commun » au delà des difficultés de traduction et d’acception linguistique, ils ont mis en avant la spécificité de ce« bien commun » : une nature qui n’est pas faite de « ressources naturelles » à gérer, mais une nature avec laquelle le groupe entretient une relation vivante. C’est à dire, des formes cognitives, de pensée, délibération et prise de décision qui incluent en permanence les éléments de la nature identifiée selon une nomenclature vivante.

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s