– Ecologie & Bien commun – Retour sur le Sommet des Consciences du 21 juillet 2015

Par Violaine Hacker,
Initiative Bien commun & Charte de la Terre

Un grand merci à notre ami M. Sesto Castagnoli, – founder of the World Spirit Forum -,
de nous avoir sensibilisée depuis quelques années maintenant
aux dialogues entre philosophies et spiritualités.
Merci aussi de nous avoir invitée à participer au Sommet des Consciences,
ce 21 juillet 2015, au Conseil Economique et Sociale (CESE) à Paris.

sommet

Ecologie et spiritualité à l’agenda politique
Plus d’une quarantaine de personnalités politiques et spirituelles du monde entier se sont réunies ce 21 juillet 2015 à Paris au Conseil Economique et Social (CESE), afin de partager leurs expériences, et concilier la diversité de leurs points de vue sur les questions écologiques. Considérant que le changement climatique suppose une confrontation conduisant à des choix éthiques, ce Sommet des Consciences représente le point de départ d’une campagne mondiale sur le thème « Why do I care ? », « Pourquoi suis-je concerné ? ». Chacun d’entre-nous est invité à répondre à cette question d’une façon personnelle, « en son âme et conscience ». Un site web dédié – « Appel des Consciences pour le climat » – rassemble ainsi des centaines de témoignages qui reviennent, chacun à leur manière, sur l’écologie, la place de la Personne et des Communautés dans leur relation avec la nature, l’importance de la culture, de la diversité, et du sens.
Plus globalement, la question du Bien commun dans la protection de l’environnement et de la lutte contre le réchauffement climatique s’est posée de façon continue durant ce Sommet. « Agir en “conscience”, c’est vérifier que le bien que nous défendons est un bien commun » (Dominique Lang, prêtre catholique, Pax Christi France, journaliste chez Pèlerin).
Cette rencontre a en effet représenté un appel aux 196 parties engagées dans d’âpres négociations visant à aboutir à un « accord global, contraignant, différencié et qui puisse être respecté », a insisté le président François Hollande. En effet, les dirigeants qui se réuniront à la COP 21 en décembre 2015 à Paris ont besoin de sentir une mobilisation substantielle chez les citoyens, – ou plus précisément chez chaque Personne, – avec leurs spécificités, possibilités, vulnérabilités et questionnements intérieurs.
Dans cet état d’esprit, parmi des dignitaires chrétiens, des sages asiatiques, des militants écologistes ou philosophes occidentaux, et des dizaines d’autorités morales du monde entier, des Indiens d’Amazonie, en costumes traditionnels, plumes et visages peints, ont apporté durant l’après-midi un poignant témoignage qui a fait se lever la salle. « Nos territoires sont en train d’être détruits par des hommes avides », a clamé Valdelice Veron, porte-parole « d’un peuple qui refuse de mourir en silence », – les Guarani-Kaiowa du Brésil. Il a ainsi relié la responsabilité humaine à la mauvaise gouvernance des biens communs dans la course aux agro-carburants ou la construction de barrages hydro-électriques, évoquant un crime d’« écocide »).
L’ensemble des sensibilités (philosophies et spiritualités) ont été représentées à ce Sommet des consciences, inspiré par Nicolas Hulot, – envoyé spécial de l’Élysée pour la planète -, et co-organisé par le groupe Bayard, l’O.N.G. R20, qui regroupe les régions du monde engagées dans la lutte contre le réchauffement climatique, le CESE, et l’association ARC qui aide les religions du monde à développer des programmes environnementaux.
Un sommet œcuménique sur un sujet dans un pays laïc, qui montre à quatre mois de la rencontre COP21, que l’enjeu de la diversité culturelle et des biens communs est crucial. L’Initiative ‘Bien commun & Charte de la Terre’ se réjouit de cette mise à l’agenda politique invitant à penser le développement durable sous l’angle des choix éthiques et de la place de la Personne dans la gouvernance des biens communs.

Quelques-unes des personnalités présentes :

François Hollande, président de la République française
Michael Higgins, président de l’Irlande
Kofi Annan, The Elders, président de la Kofi Annan Foundation, et ancien secrétaire général des Nations unies
Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO
Mohammad Yunus, pionnier du micro-crédit et Prix Nobel de la paix
Pierre Rabhi, agroécologiste, Association Les Colibris
Sœur Chan Khong, représentant la Communauté de Thich Nhat Hanh  
Le patriarche orthodoxe Sa Sainteté Bartholomée 1er 
Son Eminence Le Cardinal Turkson, Président du Conseil Pontifical pour la Justice et la Paix
Vandana Shiva, activiste promouvant le droit des petits agriculteurs à utiliser leurs propres semences
Omar Abdi, directeur de l’UNICEF
Pr Tu Weiming, International Confucian Ecological Alliance (Chine)
Fr Rigobert Minani-Bihuzo, Directeur du centre social jésuite, RDC, Afrique
Alina Saba, militante environnementaliste, Népal.
M. Ghayth Abduldjabbar Abdullah al-Timeemi, fondateur du Centre pour la diversité raciale, religieuse et culturelle, Irak.
M. Trin Xuan Thuan, Astrophysicien, USA.

Un Sommet conciliant écologie et recherche de choix éthiques

Surprenante rencontre dans « cette France laïque » – évoquée non sans humour par le président François Hollande, à l’ouverture du Sommet. « La laïcité, c’est permettre à toutes les convictions, à toutes les religions, aux croyants et aux non-croyants de participer à la réflexion commune ». Selon lui, une alliance entre l’écologie contemporaine, – en tant que recherche scientifique pour la protection et la survie de l’environnement naturel – , et la théologie, – en tant que réflexion métaphysique sur des sujets religieux -, est nécessaire pour cerner la profondeur spirituelle des questions cruciales de notre temps. Le président considère que « la crise du climat ne se réduit pas à ses dimensions économique et technique, c’est aussi une crise du sens. Notre mode de vie n’est plus compatible avec le développement humain ». « C’est un rapport à la planète qu’il faut repenser entièrement, et donc un choix éthique à partager ». Le président a également souligné le lien essentiel entre la protection de la biodiversité et la diversité culturelle. « Protéger l’environnement, c’est protéger le génie humain », a-t-il notamment déclaré. « Il y a des philosophies, des convictions, des diversités dans le monde qui doivent à un moment s’unir, … s’unir pour prendre des décisions ».

Un humanisme intégral

« Le dérèglement climatique est un sujet social, moral et éthique », a renchérit la Directrice générale de l’UNESCO, Mme Irina Bokova, soulignant que le dérèglement climatique ouvre un nouveau chapitre historique de l’humanisme. « Aucun individu, aucun état ne peut relever ce défi seul : l’environnement nous connecte avec l’humanité en tant qu’espèce, et nous fait sentir membres d’une même espèce humaine. Ce sentiment est précisément l’essence de l’humanisme qui me tient à cœur, un humanisme intégral, confronté à des enjeux tangibles et universels. » Dès lors, « pour convaincre de l’urgence d’agir contre le dérèglement climatique, il ne faut pas seulement parler des chiffres et des tendances globales qui affectent la planète dans son ensemble. Il faut aussi écouter les témoignages de ceux qui sont directement confrontés à la montée des eaux aux Maldives, à la fonte des glaces dans les régions polaires, les écouter dire comment le changement climatique a bouleversé les techniques de chasse, de pêche, modifié la direction des vents, pour comprendre la réalité sensible du dérèglement climatique et de son impact sur la vie de chacun ».

Diversité des convictions et conciliation des Expériences

Dans cet esprit, le partage d’ « Expériences » (proposée ouvertement dès la dernière partie de la matinée) visait à « relier les principes et l’action, les changements et la tradition, la politique et l’éthique, l’économie et l’écologie, le ciel et la terre » (Marina Silva, Sénatrice de l’État d’Acre, Brésil). Ce Sommet original a en effet encouragé à croiser les regards, nourrir l’expertise des politiques avec la profondeur de vue des autorités religieuses, spirituelles et morales. De nombreux intervenants ont ainsi souligné le partage des responsabilités. Le climat requiert en effet la mobilisation de la Personne comme de la communauté, du religieux comme du politique, des jeunes comme des plus âgés, des pays développés et ceux en voie de développement, des villes comme des campagnes, des entreprises, ainsi que des associations et organisations.
Invoquant souvent leurs souvenirs d’enfance, ou une Expérience marquante, balançant entre les souvenirs de la nature et le désir d’avenir pour la Terre, les orateurs ont partagé quelques-unes des raisons personnelles et politiques de leur engagement actuel. Chacun est venu avec sa diversité, ses tenues traditionnelles, ses signes religieux distinctifs, son souffle d’espérance pour la COP21 à Paris et l’avenir. Ce Sommet a habilement mêlé une action de grâce pour l’engagement des intervenants, la dynamique collective perçue, et la beauté d’intermèdes artistiques conciliant diverses cultures (avec par exemple un quatuor israelo-palestinien). Corrélativement, confirmant l’absence de l’ignorance ou du doute quant à l’urgence d’agir, ils ont témoigné de leurs consciences quant aux décisions d’aujourd’hui dont dépend une large part de notre avenir.

Entre un appel à l’espérance et un retour à la terre

L’ambiance du Sommet reposait à la fois sur un appel à l’espérance et sur une vision pragmatique de notre lien à la Terre. « L’espoir est toujours à la portée de l’homme » (François Hollande). « Je crois que la COP21 sera un succès parce que je l’espère » (Laurent Fabius citant Léon Blum). D’une façon pragmatique, les catastrophes liées à pauvreté, à la mauvaise gouvernance des biens communs, aux ‘enclosures’, aux privatisations outrancières ou destructions de nos ressources matérielles et immatérielles communes, ont été dénoncées. Par exemple, le père Rigobert Minani-Bihuzo, Directeur du réseau des centres sociaux jésuites en Afrique et le photographe engagé Sebastiao Salgado, fondateur de « Instituto Terra » au Brésil ont chacun souligné les vertus de la forêt comme poumon de l’humanité pour réguler le climat, ou la privation des ressources d’eau et la paupérisation face à certaine privatisation de ressources essentielles à l’humain. Source de soin, d’alimentation et de sacralité, la Terre est un lieu à préserver.

La dignité de la Personne

Entre espoir engagé et respect des biens communs environnementaux ou culturels, des membres de peuples d’Amazonie ont d’ailleurs réussi à faire lever l’hémicycle, revendiquant leur volonté d’être acteurs peuples du changement, – et non des victimes. « Je ne suis que la porte-parole d’un peuple qui ne veut pas mourir en silence » (V. Veron, peuple Guarani).
Le président Hollande affirmait aussi auparavant, concernant les réfugiés climatiques, que « vivre dignement là où on est né, sans quitter son pays, est un droit fondamental ». « La beauté du monde permet la création. Le combat pour le respect de la nature est commun avec le combat pour la culture et pour la pensée » (François Hollande).
La dignité de la Personne a été souvent évoquée durant ce Sommet. Rappelons, dans le cadre de la pensée du Bien commun, que lorsque Saint Thomas d’Aquin définit la Personne comme hypostasis (substance) qui se distingue par sa dignité, il considère que la dignité réside dans la liberté de déterminer ses propres actions. Ceci ne doit pas être entendu dans le sens d’une indépendance, puisque cette liberté est un être-vers, un être-en-relation. Dans sa pensée théologique, la liberté humaine ne peut se comprendre que dans la relation que l’homme établit avec Dieu. De façon plus séculaire, les notions de Personne, dignité, liberté renvoient ici à une interrelation. En effet, comme l’affirme Paul Ricoeur, la dignité est d’abord la valeur absolue attribuée à l’être humain du seul fait qu’il est humain. Et pour Immanuel Kant, la dignité de chaque homme apparaît comme une réalité relationnelle à expérimenter, à éprouver. Elle se donne à comprendre sans devoir être préalablement expliquée, sans requérir un mode d’emploi ou une loi imposée. La dignité suppose que chaque personne possède une valeur infinie, unique et incommensurable avec toute autre valeur.
La personne est alors amenée à s’interroger de façon pragmatique, tant dans la distance des relations avec les personnes ou lieux lointains, que dans la proximité du face-à-face avec le prochain croisé sur son propre chemin. La relation forte entre la dignité et la fragilité, ou la vulnérabilité, de l’être humain, interroge sur les limites de la reconnaissance de la dignité d’autrui, et de sa valeur inaliénable. Elle ne serait pas fondée sur un raisonnement rationnel, mais davantage sur une résonance relationnelle qui se produit dans la rencontre. Elle est donc d’essence corporelle et physique, charnelle, à la fois matérielle et spirituelle. Elle concrétise le dépassement du dualisme corps – esprit, matière – spirituel.
Dans cet esprit, l’écologie est reliée à la dignité de la Personne, et le climat est certes une question d’ordre matériel, mais aussi d’ordre spirituel. Les erreurs humaines doivent être prises en considération, comme l’a regretté le président irlandais Higgins pour qui « les changements climatiques trouvent leur origine dans un orgueil démesuré ». Ce n’est plus une question écologique, c’est l’avenir de l’humanité qui est en jeu.

« Une spiritualité écologique réelle »

Salué pour sa grande détermination à faire résonner foi et écologie, le patriarche Bartholomée – Patriarche œcuménique de Constantinople, Eglise orthodoxe – a lancé un cri d’alerte, un éveil à l’espérance et un appel à la conversion des cœurs. Il a évoqué son désir de libérer la nature d’un agir humain prédateur. Le défi écologique est un défi pour l’esprit. En posant des questions ultimes, la planète renvoie les traditions spirituelles à leurs fondamentaux.
Il appelle une conversion. Si en latin, conversio signifie « retournement », changement de l’ordre mental), en grec, la conversion s’exprime plutôt par deux mots : epistrophê (idée d’un retour à l’origine, à soi) et metanoïa (idée d’une mutation, d’une renaissance). « La conversion de l’être intérieur est le point de départ de la conversion extérieure ».
Le respect de la terre touche au plus profond de notre conscience, ce qui exige ensuite « d’éduquer, de convertir et de glorifier », afin de dépasser l’inertie de nos habitudes, et saisir l’interdépendance de l’humanité et de la nature. Il a présenté les trois engagements indispensables pour ce qu’il considère « une spiritualité écologique réelle ».
« Par éduquer, nous entendons prolonger la dialectique entre foi et raison, c’est-à-dire articuler des éléments de connaissance rationnelle aux inspirations de l’âme. Les questions environnementales sont au carrefour de cette attention. Ainsi, les données scientifiques sur la biodiversité, le réchauffement climatique, l’accroissement de la misère et des injustices environnementales, la sécurité alimentaire, etc., viennent compléter la vision théologique, trop souvent statique, d’un monde en constant changement ». (…)
« Par convertir, il faut comprendre la conversion de l’être intérieur comme le point de départ d’une conversion extérieure ».
« Par glorifier, nous en revenons au fondement même de notre mission spirituelle (…). Ne devons-nous pas devenir les maîtres de la création, mais bien plutôt libérer cette création d’un agir humain dominateur dans un mouvement d’action de grâce qui se révélerait à travers les gestes quotidiens que nous y posons ».

Défense de la sacralité de la vie de la Personne, – ni consommateur, ni robot

Soulignons le très beau discours du président du CESE, Jean-Paul Delevoye, qui a largement donné le ton de la rencontre en abordant les enjeux climatiques (ou plus largement la gouvernance des biens communs) à l’aune de la philosophie du Bien commun. Il a insisté sur les considérations humaines et altruistes, au-delà d’un individualisme stérile.
Rappelons que le Bien commun désigne une philosophie de l’action et de la conciliation fondée sur la recherche de l’équilibre entre épanouissement personnel et recherche de l’utilité sociale dans la Communauté. D’origine chrétienne, on retrouve cette pensée dans de nombreuses autres religions, philosophies ou cultures, – comme le révèle par exemple la notion d’Ubuntu – « Je suis parce que nous sommes » -, en Afrique.
La notion de Personne est centrale dans la pensée du Bien commun, celle-ci qui considère qu’elle n’est pas un objet; elle est même ce qui dans chaque homme ne peut être traité comme un objet. La Personne est à la fois un être dynamique qui évolue en fonction d’expériences ou d’inter-subjectivités, et une fin en soi qui a priorité sur tout autre intérêt économique ou politique. Cette philosophie de l’altérité intègre donc la relationalité et le sens des événements. Elle considère les personnes en fonction de leurs capacités à gérer les événements, mais aborde aussi la dignité et la vulnérabilité en relation avec l’Autre, les Expériences et les choix, la relation avec la nature ou à la transcendance de manière plus générale. Elle invite à se montrer sensible au spirituel et à l’intersubjectivité, dans l’événement, – plutôt qu’à se retrancher derrière des certitudes toutes faites, à d’apparentes vérités voire aux dogmes.
En outre, dans cette philosophie de la conciliation, la personne est située dans une certaine temporalité, un récit fait de médiations. La personne est amenée à faire des choix, à faire des allers-retours entre la relation à soi et à l’Autre, ou encore à l’Expérience vécue, qui la façonnent et la font évoluer. En effet, son identité n’est pas statique, mais répond à un mouvement.
En ce sens, en envisageant la Personne comme libre et créatrice, on percevra l’existence, – et corrélativement la gouvernance des biens communs – comme à la fois matérielle et spirituelle, et via une vision dynamique. La Personne sera perçue dans ses choix, possibilités et désirs. Elle sera située dans un processus ou une temporalité; elle sera capable de création et de transmission, en particulier. Dans cette optique, la notion de Personne nous permet de penser Par le bien commun (le processus), et Pour le bien commun (la finalité, le bonheur dans la cité).
La Personne désigne donc un humain que le monde interroge, – en particulier en fonction de quatre relations :
1. La relation au monde matériel;
2. La relation aux autres, aux plan interpersonnel et collectif;
3. La relation à soi : chacun avec lui-même;
4. La relation à l’existence, qui se manifeste notamment dans ce que l’on appelle le problème du sens donné à l’existence, ce qui n’apparaît pas aussi clairement, par exemple, chez les animaux.

Le Bien commun, où la conciliation des aspects matériels et spirituels

Le président du CESE, Jean-Paul Delevoye a présenté de façon pratique cette philosophie du Bien commun avec une grande clarté, cherchant à concilier les aspects matériels et spirituels de la gouvernance des biens communs. « Sauver les murs nous enferme dans une dimension matérielle. Sauver les vivants c’est donner un sens ». Envisageant une écologie intégrale, il a rappelé que chaque humain est interdépendant de l’autre. « Il devrait être possible que, sur une seule planète, chaque humain se sente responsable de l’Autre, même s’il ne l’aime pas ».
La Personne est en effet située. Elle n’est pas isolée, – comme le serait un homoeconomicus, non situé et purement rationnel. Elle interagit avec la Nature, avec l’Autre mais aussi par rapport à lui-même et dans le cadre de sa relation à l’existence, – d’où une conversion intérieure et extérieure. Corrélativement, respecter la Nature, c’est respecter l’Homme. Sauver l’être humain, c’est donner un sens. Selon Jean-Paul Delevoye, « le défi du 21ème siècle, c’est le défi de l’autre, le défi de l’altérité et de l’intériorité ».
« Les hommes ne sont pas des robots créés pour gagner de l’argent. J’en appelle à une nouvelle civilisation » (Muhammed Yunus, fondateur de la 1ère institution de micro-crédit, prix Nobel de la paix en 2006). Ce sommet des consciences visait à mener une réflexion sur le lien entre la morale, l’éthique religieuse et la question climatique. Il cherchait aussi à souligner l’importance des considérations et initiatives humaines et altruistes aux côtés des preuves scientifiques, dans un monde où le chiffre l’emporte souvent sur l’humain. « Il faut créer une nouvelle civilisation pour y réintégrer la considération des personnes », a ainsi déclaré le Prix Nobel de la Paix et pionnier de la micro finance Muhammad Yunus au micro d’Opinion Internationale. « La crise climatique est une opportunité pour redécouvrir nos valeurs loin du consumérisme » (Rabbin David Rosen, Directeur international des Affaires Inter-religieuses de l’American Jewish Committee).

Choix éthiques et écologie intégrale (encyclique Laudato si)

En toile de fond, l’encyclique du pape François du 18 juin 2015 Laudato si nous rappelait l’urgente nécessité d’envisager la vision incarnée dans l’écologie intégrale. Certes chacun se dit prêt à agir et à prêcher la défense de la vie humaine menacée de destruction par le réchauffement du climat et le consumérisme. L’appel du pape François invite aussi à une conversion écologique indissociable d’une fraternité universelle. La place et le rôle de l’humain y est centrale. Les aspects matériels sont conjugués à ceux d’ordre plus spirituels. Et enfin, les politiques publiques doivent être perçus de façon globale et systémique. « L’écologie intégrale affirme que l’humanité ne peut être séparée de son environnement » (Cardinal Turkson).
« Tout est lié », comme le remarquait le souverain pontife. Considérant les interdépendances, il devient nécessaire dans un monde globalisé de tenir compte de la diversité à la fois des écosystèmes, mais aussi des systèmes de valeurs. Les périls climatiques menacent la paix, et favorisent le terreau du fanatisme. Les autorités présentes au Sommet ont invoqué une solidarité intellectuelle et morale pour la paix. Elles ont reconnu que les questions du climat sont intrinsèquement liées aux enjeux de développement durable, aux flux migratoires, à la santé. « S’engager pour le climat c’est s’engager à lutter contre la pauvreté, l’intolérance, le manque de dignité humaine » (Irina Bokova Directrice générale de l’Unesco).
La question de la conciliation des objectifs et valeurs dans un contexte global et locale est aussi essentielle. « Attention que le fatalisme des uns ne développe pas le fanatisme des autres », Nicolas Hulot, membre de l’équipe de coordination française Cop21. C’est ce qu’a rappelé à la tribune le rabbin américain David Rosen : « la crise climatique est une possibilité donnée à l’humanité de redécouvrir des valeurs communes ».

La Charte de la Terre, un référentiel éthique basé sur un consensus global-local

On retrouve donc cette nécessité de choix éthiques parmi des cultures, philosophies ou spiritualisés diverses. Cette recherche de consensus parmi des objectifs différents et valeurs parfois contradictoires existait déjà il y a quinze ans.
Rappelons qu’à l’origine, la Commission Brundtland (ONU) de 1987 proposa la rédaction d’une Charte de la Terre pour établir les valeurs nécessaires à la construction d’une société durable, qui ne fut acceptée que lors du Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992. Après la conférence, Maurice Strong (ONU) et Mikhail Gorbachev (Green Cross International/Croix verte) reprirent cette idée comme initiative de la société civile. Dans les années 90, fut entrepris un long processus participatif de consultation et de rédaction, qui fit appel à de nombreuses réunions et dialogues internationaux, et s’inspira de différents documents. Désormais, un Mouvement international a en effet été créé pour soutenir l’implémentation de programmes de développement durable respectant la diversité et les cultures locales, guidés par ces valeurs partagées. Ces actions sont entreprises dans des domaines variés, comme celui de l’éducation, des politiques publiques ou de l’entreprenariat, et correspondant à la vision holistique de la Charte.
La Charte de la Terre (Common Good forum est l’organisme affilié en France : http://commongood-earthcharter1.strikingly.com). Nous avons donc tout intérêt, pour travailler sur les biens communs, à travailler avec des sages et des prophètes

Transmission, don et liens entre générations et cultures

Les prises de parole à la tribune se sont accordées sur la nature comme don – pour certains confié par Dieu – et à transmettre aux générations à venir. Nos gestes ont des conséquences sur les cultures, la survie de peuples dans leur environnement naturel. Se préoccuper du climat revient ainsi à vivre une expérience d’altruisme pour cohabiter sur la planète. Par un élan de responsabilité, l’homme a le pouvoir de réconcilier l’humanité. « La terre n’est pas à nous, c’est un trésor qu’on nous a confié et dont il faut être digne » (proverbe africain cité par Kofi Annan). « Le pape François veut que nous comprenions que le climat est un bien commun destiné à tous ». « Nous ne devons pas laisser une friche en héritage à nos enfants mais un véritable jardin » (Cardinal Turkson, Président du Conseil Pontifical pour la Justice et la Paix, l’un des principaux auteurs de l’encyclique du pape François sur l’écologie intégrale Laudato si’).
La place de la Personne et sa responsabilité sont ainsi consacrés. « C’est à chaque individu de savoir ce qu’il peut faire pour préserver la planète », a déclaré le chef de l’Etat à son arrivée au Conseil économique, social et environnemental (CESE). « L’homme a une responsabilité envers tous les autres êtres vivants, envers la planète » (Ségolène Royal, ministre de l’écologie, du développement durable et de l’énergie). « Si nous n’agissons pas, mes petits-enfants vivront dans un monde où la production alimentaire se sera effondrée, où des villes comme New York seront menacées par les flots et où les catastrophes naturelles se multiplieront », a ainsi rappelé l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan. De fait, qu’ils soient hommes politiques, ou responsables catholiques, orthodoxes, musulmans, juifs ou taoïstes, tous les intervenants appelés à s’exprimer ont certes évoqué l’impasse du consumérisme, l’accroissement des inégalités, mais ont surtout insisté sur les possibilités et la vulnérabilité de l’humain.
La Personne capable s’inscrit aussi dans une temporalité, et elle est responsable tant vis-à-vis des générations actuelles que des générations futures (comme le signalait déjà le rapport Brundtland).

L’appel à une déclaration universelle des devoirs de l’humanité

Il est aussi remarquable que des avancées tangibles eussent été demandées par l’ensemble des participants, considérant aussi qu’il ne suffisait plus de proposer des droits (doctrine des droits de l’Homme), mais qu’il s’agissait aussi de les situer dans un contexte et de les associer à une possibilité réelle et effective pour la personne (pensée du Bien commun) de s’épanouir et de s’engager.
En outre, au-delà des droits, une large majorité s’est prononcée pour exiger également le respect de « devoirs » dans un esprit de responsabilité. « ll est temps de penser à une déclaration universelle des devoirs de l’homme envers les formes de vie qu’il menace » (Abdou Filali Ansary, Directeur de l’Institut pour l’Étude des Civilisations Musulmanes). « Il est de notre devoir d’agir pour le climat afin de vivre en paix et harmonie avec la nature » (Kofi Annan).
Pourraient figurer dans les devoirs : la promotion des énergies renouvelables, le recyclage, la protection des milieux naturels, la préservation des modes de vie traditionnels, le soutien des pays à bas revenus à prendre les devants dans la transition énergétique…
Rappelons qu’il existe déjà un référentiel de principes éthiques (Charte de la Terre) associés à des objectifs du développement durable (ODD) qui sont plus prescriptifs (libéralisme juridique), et proposent directement des schémas pragmatiques d’actions fondées sur la promotion de droits. Les droits transcrivent l’ordre social fondé sur les choix éthiques (https://biencommunchartedelaterre.wordpress.com/2015/06/29/la-pensee-du-bien-commun-et-les-grands-textes-du-developpement-durable-odd-et-charte-de-la-terre).
Mettre à l’agenda politique la notion de devoir permet ainsi d’insister sur la responsabilité des Personnes et Communautés.

Vers un accord global, contraignant et différencié : « Pourquoi suis-je concerné  ?

In fine, la question posée lors de ce sommet est celle de l’éthique et de la responsabilité de chacun.
La responsabilité des décideurs a été rappelé. D’ailleurs, non-loin du CESE, une quarantaine de ministres se trouvaient aussi réunis ce 21 juillet 2015 autour du ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, afin de tenter de donner un coup d’accélérateur aux discussions qui se déroulent dans le cadre de l’ONU, notamment concernant les nouveaux Objectifs du Développement Durable (ODD).
La responsabilité de la société civile, et plus précisément celles des Personnes face à leur conscience, a été souvent présentée. Comme le notait l’astrophysicien américain Trin Xuan Thuan, certes « les gouvernements peuvent aider, mais c’est notre changement intérieur qui doit porter un changement extérieur ».
En considérant l’écologie comme un enjeu d’abord personnel, et en invitant chacun à répondre à la question Why Do I Care ? (pourquoi est-ce que je me sens concerné ?), chaque Personne peut désormais s’inspirer des initiatives diverses à réaliser : renouveler l’approche théologique de la terre (Patriarche Bartholomée Ier), écrire une Déclaration universelle des devoirs de l’homme (Pr Fiali-Ansary, représentant de l’Aga Khan), instaurer un mécanisme pour empêcher la fuite d’installations intensives en carbone d’un pays à l’autre (Marina Silva),sauver la forêt du Congo (P. Rigobert Minani-Bihuzo, jésuite congolais), ou planter des arbres partout dans le monde (Vandana Shiva, militante indienne), par exemple.

Quelques sites web :

Site de la campagne Why Do I Care (Pourquoi Suis-Je Concerné ?) : http://www.whydoicare.org
Site des Indiens d’Amazonie, les Guarani-Kaiowa : http://raoni.com/actualites-980.php
Site de la fondation Kofi Annan : http://www.kofiannanfoundation.org
Site de l’information orthodoxe sur internet, retrouvez le discours entier du patriarche oecuménique de Constantinople Batholomée : http://orthodoxie.com/allocution-du-patriarche-oecumenique-bartholomee-lors-du-sommet-des-consciences-pour-le-climat.
Site web Initiative Bien commun & Charte de la Terre : http://commongood-earthcharter1.strikingly.com
Site de la Charte de la Terre : http://www.earthcharterinaction.org/content
Site de la Charte de la compassion : http://www.earthcharterinaction.org/content
Site de Common Good Forum : http://www.commongoodforum.eu
Site du blog de Common Good Forum : http://commongood-forum.tumblr.com
Site du Conseil Economique et Social (CESE) : http://www.lecese.fr
Site Tumblr de Nicolas Hulot dans sa mission d’Envoyé spécial du Président de la République française pour la protection de la planète : http://nicolashulot.tumblr.com
Site de l’Unesco : http://www.unesco.org

image

Advertisements

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s